Tsukkomi : les mots des humoristes japonais pour relever les absurdités
Ce que veulent dire boke et tsukkomi, les courtes répliques que les humoristes ressortent sans cesse, et celles que vous pouvez utiliser sans risque entre amis.
Notes Ukeru · chiffres issus de la bibliothèque actuelle (1 905 sketchs, 174 812 répliques transcrites automatiquement), mis à jour à mesure qu’elle s’agrandit
Boke et tsukkomi
La plupart des duos comiques japonais se partagent deux rôles. Le boke (ボケ) est celui qui se trompe : il comprend de travers, exagère ou dit une absurdité sans sourciller. Le mot vient de ぼける (惚ける), être dans le brouillard, avoir la tête ailleurs. Le tsukkomi (ツッコミ) le reprend. Ce mot vient de 突っ込む (つっこむ), enfoncer, insister sur un point, et c’est exactement son rôle : pointer l’absurdité et dire tout haut ce que le public pense.
Le rythme, c’est boke, tsukkomi, rire. La réplique du tsukkomi est en général courte et percutante, parfois accompagnée d’une tape sur l’épaule ou sur la tête, et elle montre au public où se trouvait la blague. C’est une aubaine quand on apprend : vous entendez la même poignée de réactions du quotidien, répétées sketch après sketch, prononcées clairement et pile dans le rythme. Ces mots fonctionnent aussi hors de la scène, et ツッコむ (« reprendre quelqu’un sur sa bêtise ») est un verbe courant entre amis.
Une remarque avant la liste : les répliques de notre bibliothèque sont transcrites automatiquement, donc les chiffres ci-dessous sont approximatifs, pas exacts.
Les répliques de base
ちょっと待って : attends
ちょっと待って, c’est le frein. Le boke dit quelque chose de bizarre, et le tsukkomi arrête tout pour s’en occuper. Notre bibliothèque compte 672 répliques qui en contiennent une forme ou une autre. Vous entendrez aussi la version raccourcie ちょ待って et l’ordre brusque ちょっと待て. La version polie est ちょっと待ってください ; dans un magasin, on dit 少々お待ちください.
Pendant l'entraînement sur un tatami, quelque chose cloche : l'un des partenaires vérifie le tatami, puis attaque plusieurs fois d'affilée.
ちょっと待って!
Attends deux secondes !
Manuelちょっと待ってください。En retirant 'ください' de 'ちょっと待ってください', il reste la simple forme en て '待って', une demande familière ; la version très formelle est '少々お待ちください'.
なんで et なんでだよ : pourquoi ?!
なんで veut dire la même chose que どうして, mais c’est ce que les gens disent vraiment à l’oral. Dans notre bibliothèque, なんで l’emporte sur どうして par 31 contre 1. Ajoutez だよ et ça devient une réplique : なんでだよ est moins une question qu’un « mais pourquoi tu fais ça ?! ». Le simple なんで passe dans la plupart des conversations familières ; gardez なんでだよ pour vos amis.
いやいや : non, non, non
Un simple いや ouvre presque n’importe quel désaccord, et le doubler balaie l’idée tout entière. いやいやいや, chaque fois un peu plus fort, est un tsukkomi à lui tout seul. La bibliothèque compte 568 répliques avec いやいや. Face à un supérieur, un seul いや prononcé doucement, ou le plus poli いえ, est plus sûr que la version doublée.
違う et ちげえ : c’est pas ça
La paire 違う/ちげえ, c’est la façon neutre et la façon rude de dire « non, c’est pas ça ». 違う s’emploie tous les jours. ちげえ, c’est le même mot avec le son « e » long et rude qu’on entend aussi dans うるさい → うるせえ et すごい → すげえ, et ちげえよ est réservé aux amis. Dans le Kansai, on dit ちゃう, souvent doublé : ちゃうちゃう.
やめろ : arrête
Dans やめて/やめろ, la première forme est une demande et la seconde l’ordre brut. Quand le plan du boke va trop loin, le tsukkomi y coupe court. La bibliothèque compte 228 répliques avec やめろ et 623 avec やめて. Entre amis qui rigolent, やめろ passe très bien. Dit sérieusement, c’est un ordre dur.
Les deux se disputent à propos d'une fille, et l'un d'eux a une théorie sur son nom.
それやめろ!
Arrête ça !
Manuelそれはやめてください。La demande polie 「やめてください」 (forme en -te + ください) est remplacée par l'impératif simple 「やめろ」 (radical + ろ), un ordre brutal qu'on ne lance qu'entre proches. La particule 「は」 de 「それは」 disparaît aussi.
うるさい : la ferme
うるさい/うるせえ : littéralement « bruyant », mais en tsukkomi, ça veut dire « la ferme » ou « t’es vraiment pénible ». C’est la réponse quand le boke ne s’arrête plus ou se met à frimer. Dans notre bibliothèque, le rude うるせえ apparaît dans 186 répliques, contre 170 pour うるさい et ses autres formes. Celui-là peut vraiment blesser : entre amis seulement, jamais avec un supérieur.
なにそれ : c’est quoi, ça ?!
なにそれ inverse l’ordre du それは何ですか des manuels et laisse tomber は et です. C’est une réaction, pas une demande d’information : le boke a sorti un truc bizarre, et なにそれ le brandit pour que le public le regarde. なんだそれ est plus rude, et なんやそれ est la version du Kansai.
Un des comédiens affirme avoir un talent particulier et demande à son partenaire de dire lequel.
なんだそれ
C'est quoi, ça ?!
Manuelそれは何ですか。'それは何ですか' devient 'なんだそれ' : la forme polie 'です' passe à la forme neutre 'だ' (何 devient なん), 'は' et 'か' disparaissent, et 'それ' est rejeté à la fin.
もういいよ : j’abandonne
もういい veut dire « ça suffit » ou « laisse tomber ». Dans le manzai, le format de duo comique sur scène, もういいよ est l’une des répliques de clôture classiques : le tsukkomi baisse les bras face à son partenaire, et tous deux saluent en disant どうもありがとうございました. La version du Kansai est もうええわ. Entre amis, c’est pour taquiner. Dit d’un ton sec à quelqu’un qui essaie de vous aider, ça sonne exaspéré.
なんでやねん : le grand classique du Kansai
なんでやねん, c’est なんで + や (le だ du Kansai) + ねん (le のだ du Kansai). Littéralement « pourquoi est-ce ? », mais sur scène, ça veut dire « ça n’a aucun sens ! ». C’est sans doute l’expression de tsukkomi la plus connue du Japon, et elle appartient à l’humour du Kansai (Osaka). Sa fréquence ici dépend des duos présents dans la bibliothèque, alors cherchez-la pour voir s’il y en a déjà. Si vous n’êtes pas du Kansai, un なんでやねん imité entre amis fait en général rire ; sachez simplement que certaines personnes du Kansai trouvent les faux accents un peu agaçants.
Deux terminaisons qui font le même travail
Beaucoup de répliques de tsukkomi reposent sur une fin de phrase plutôt que sur un mot fixe. 〜かよ! transforme n’importe quelle affirmation en « sérieux ?! » : 犬かよ! « un chien ?! » (un exemple simple, pas tiré de la bibliothèque). 〜だろ! réclame l’approbation : 無理だろ! « enfin, c’est impossible ! » (là aussi un exemple simple). Les deux sont rudes et se réservent aux amis.
Lesquelles pouvez-vous utiliser ?
| Expression | Amis | Collègues, en contexte détendu | Supérieur, prof, inconnus |
|---|---|---|---|
| ちょっと待って | Oui | Oui | Dites ちょっと待ってください |
| なんで | Oui | Oui | Prudence ; どうしてですか est plus doux |
| なんでだよ | Oui | Prudence | Non |
| いやいや | Oui | Oui | Prudence |
| 違う | Oui | Prudence | Dites 違います |
| やめて | Oui | Prudence | Dites やめてください |
| ちげえ, やめろ, うるさい | Pour rire seulement | Non | Non |
| なにそれ | Oui | Prudence | Non |
| もういいよ | Oui | Prudence | Non |
| なんでやねん | Pour faire rire | Non | Non |
La règle de base : plus le mot est court et rude, plus il dépend du rire. Sur scène, le public sait que c’est un jeu. Avec un ami, un sourire fait le même effet. Sans l’un ni l’autre, la même réplique est tout simplement impolie.
Quand vos amis japonais disent quelque chose de manifestement idiot, ils attendent souvent un tsukkomi. Un そうなんですか sincère risque de laisser la blague en plan ; un いやいや ou un なんでだよ lancé du tac au tac, avec le sourire, est en général la réponse espérée.